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mercredi, 07 mars 2012

la couleur sang

La Tunisie c’est sympa : boulot le jour, ami(e)s la nuit… Je me disais que le séjour serait une véritable petite partie de plaisir mais c’était sans compter sur comment le mot "torture" allait prendre forme dans mon esprit.

Hier matin, donc, direction le commissariat, histoire d'aider une des étudiantes en journalisme que l'on encadre ici à porter plainte, et surtout de récupérer la déclaration de perte de son passeport, sésame pour l’obtention d’un laissez-passer pour rentrer en France.

Mon choix se porte sur la cité Olympique pour voir mon ancien quartier porter plainte dans un quartier connu. Chou blanc. On nous renvoie vers le centre-ville, rue de Yougoslavie dans un commissariat qui, nous dit-on, gère les problèmes de TGM.

Taxi, centre-ville, une petite rue parallèle à Bourguiba.

Salle d’attente du bureau de police

Je regarde les murs, du sol au plafond : « Tu vois, ce lieu, il a une histoire… » Je pensais à tous ces arrêtés de la révolution qui ont atterri, de force, dans ce commissariat, je lui en parle. Un policier, dont « l’uniforme » se résume au blouson de cuir qu’ils portent tous, nous invite à entrer dans un bureau.

Porte cassée, carreaux de faïence sur les murs.

L’étudiante prend une chaise, je m’installe sur un banc contre le mur. Machinalement je me retourne et me trouve nez à nez avec des taches de sang séché sur les murs.

Beaucoup de taches

Je ramasse mon sac posé sur le sol. L’étudiante remarque aussi la masse de tâches partout autour de nous. A chaque fois la même couleur, celle du sang séché.

Respirer, souffler, l’entendre raconter sa mésaventure : Un gamin lui a arraché son sac juste avant que les portes du train ne se referment derrière lui. Taille et couleurs du sac, description de l’individu, contenu, objets dérobés.

Quelques mots d’arabe, le flic rigole avec moi. Dans le fond de la pièce, des fils électrique dénudés qui semblent sortir de nulle part. Du moins, pas du chauffage qui se trouve sous la petite table, dont le câble et la prise sont apparentes.

« Vous étudiez quoi ?

- Le journalisme »

Arg ! je l’avais pourtant briefée…

« et vous ? »

Je me suis découvert une nouvelle passion : « ingénieur électronique ! » Oui, lecteur, il fallait bien trouve le moyen de parler de ces fichus fils électriques dénudés qui m’obsédaient de plus en plus. Tant de souffrances dans une si petite pièce…

Lui est flic depuis huit ans, au mois d'aooût précisément. Aurait-il bougé après le départ de Zaba ? Peut-être n'était-il pas là pendant les manif, la répression ? Pendant que le sang giclait sur ces murs... Non, il a toujours exercé dans ce commissariat. Avant, pendant et après la révolution.

Il avait l'air sympa.

Je n'ai plus envie de rire

Attendre.

Enfin, son procès-verbal en arabe est imprimé. Nous pouvons partir…

« et ces fils électriques, là, c’est… ?

- C’est le câble pour Internet !

- Ah, ça aurait été de l’électronique, j’aurais pu vous aider ! » ai-je fini par lancer comme une boutade.

Depuis quand les câbles Internet ressemblent à des fils électriques dénudés ? Nous partons direction l’ambassade vers de nouvelles aventures administratives, avec à l’esprit les pleurs et les cris de ces opposants qui ont souffert pendant de si nombreuses années.

Le souvenirs des amis aussi.

dimanche, 04 mars 2012

Heading Tunis

Chouette, chouette, chouette... aujourd'hui, je prends l'avion. Mon sac à dos aussi...

 

Je repars direction la Tunisie pour deux petites semaines (oh que ça va faire du bien !).

En parlant de Tunisie, je vous renvoie vers ce billet qui est tout juste énormissime. a tunisie à moi, ce sont des amis, des bons souvenirs, des reportages, des élections, l'histoire qui s'écrit (ou pas) sous nos yeux.

Alors je pars, et je pars aussi avec l'envie de donner envie à d'autres de partir, puique j'y serai avec une troupe d'étudiants en formation.

jeudi, 17 novembre 2011

A plus tard...

La vie est faite de rencontres, mais aussi (hélas) de séparations… surtout quand on vit à l’étranger.

C’est surprenant de voir comment même en très peu de temps, on peut s’attacher aux gens, j’en ai fait l’expérience en Tunisie comme ailleurs.

Qu’il s’agisse d’un Sompavanh, d’une Sonesavanh, d’un Bertrand ou d’une Sophie au Laos, d’un Amine, d'un Julien, d'un Ahmed, d’un David, d’un Stan ou d’une Hasna en Egypte, d’une famille d’accueil génialissime au Liban, d’un Florent au Vietnam, d’Omar en Syrie…

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dimanche, 06 novembre 2011

Inside #TnElec épisode "

Bon, je vous en refais un parce que je suis sympa. Puis j’ai assez râlé toute la durée des élections pour ne pas vous parler de l’organisation de tout ce qu’il se passait avec la presse.

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lundi, 31 octobre 2011

Tunisie, entre heurts et jeux politiques

ces élections tunisiennes me paraissent si loin. Comme une lointaine fatigue musculaire, un lointain mal de dos... même si elles sont encore en cours puisque le nouveau gouvernement n'est pas encore formé, puisqu'il y a et y aura des recours... Mais ici, on est quand même loin de gros rush de la semaine dernière, et c'est tant mieux.

J'en aurais d'autres à vous raconter. D'autres Inside #TnElec vienderont.Mais un peu plus tard, peut-être, si le temps n'abime pas ces rapides et énergiques souvenirs. Aujourd'hui, je te propose donc un papier paru samedi dans le journal suisse Le Temps.

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mercredi, 26 octobre 2011

Inside #TnElec épisode 2

Dimanche 23 au soir, local d’Ennahdha, quartier Monplaisir

Pas grand monde, les militants du parti islamistes installent le pupitre, les drapeaux, les chaises en plastiques pour la foule espérée. Une nénette à quatre pattes, habillée moulant, en pleine lumière sur la scène règle les dernières touches.

Elle est facilement repérable tant elle tranche avec le décorum.

tnelec, tunisie, elections, ennahdha, islamistes

Le temps d’un chawarma et direction le local : « vivez avec nous, vous êtes là, c’est bien… » nous lance un homme sautillant déjà croisé pour un autre sujet. Salle d’attente. D’autres journalistes sont là. A chaque journaliste, sa voilée pas conne... la femme en avant, tout ça. La comm’ d’Ennahdha est bien rodée, digne des meilleures agences : « Je suis bien on me respecte, j’ai choisi ce parti pour sa droiture » discours officiel des jeunettes. La mienne est une femme da la quarantaine : « mon mari a été emprisonné, c’était dur, toutes ces années à s’opposer à Ben Ali… » et de nous raconter les années noires du parti.

Je m’échappe, je flâne, je descends au sous-sol… Après tout, ils m’avaient bien proposé de partager le couscous avec eux, non ? J’avais refusé mais cela m’intrigue.

Choc.

Une table pour les hommes à gauche, une table pour les femmes à droite. Plein de paires d’yeux sur la nouvelle arrivante dans la salle.

Malaise.

« Je peux faire une photo ?... enfin peut être… enfin euh… »

Non, bien entendu, je remonte.

Je le signale au collègue avec qui je bosse, qui descend furtivement à son tour.La soirée se passe, interviews, boulot, tout ça…

Nous entrons de nouveau dans les locaux, les effluves de couscous me chatouillent les narines. La dame avec qui nous avions parlé nous poursuit : « non, il ne faut pas aller là-bas, il n’y a rien !!! » ah bon ? Couscous, tout ça… « Non, on a juste mangé du riz, mais là, dans la salle, il n’y a rien, c’est juste une salle de conférences vide… » Ah ben si c’est que ça, ma bonne dame…

Cachez ces repas non mixtes que je ne saurais voir.

 

mardi, 25 octobre 2011

Inside #TnElec épisode 1

_DSC1809.JPGJim me posait la question, à vrai dire impossible, mis à part via quelques twitts par ci par là, de vous parler de ces élections tunisiennes…. Par manque de temps surtout… dimanche, debout à 5H30 pour aller sur le terrain à l’ouverture d’un bureau de vote, joie bien entendu de voir autant de monde, des gens pressés d’aller voter, prêts à faire la queue des heures parce que « si on vient dans l’après midi, on a peur de ne pas pouvoir voter… »

Ensuite, direction le bureau de presse, une fourmilière où l’on n'apprend pas grand-chose. Les confs de presse, jamais à l’heure et où des « journalistes » s’écoutent parler au lieu de poser des questions. Dans le rush, on attend tous des chiffres, des taux, des décisions, en gros des infos fixes et rassurantes qui ne viennent pas alors on se contente d’attendre, de pas trop le dire, de trouver des angles intéressants.

Bureau de vote, fermeture, le temps de boire un coup avec une poignée de copains juste avant. Seule pose de la journée. Des caméras, beaucoup de caméras, des listes d’émargement quasi pleines, des gens, des signatures, de l’espoir.

_DSC1847.JPG

Passer de nouveau par des bureaux, faire des interviews, attendre chez Ennahdha toute la soirée jusqu’à très tard dans la nuit, tôt le lendemain matin en fait. Faudra que je vous parle de leur politique de comm un de ces derniers jours. Assez impressionnante machine.

Et hier ? hier on a couru…. Mais je vous en parlerai un autre jour parce que là, je vais aller m’enquérir des irrégularités qui entoureraient le vote du côté de chez les observateurs européens.

Et si tu veux lire quelquechose, c’est jeudi dans 20minutes, au passage.

jeudi, 20 octobre 2011

Les islamistes sont partout !

Oui, madame, partout !

Cédons à la panique, les élections arrivent et les islamistes sont partout !

Partout, je vous dis !

Non, pas dans ma rue,

Pas sur Bourguiba

Pa sur le chemin entre les deux…

Ben pourtant… on nous le dit ! Ils sont nombreux, ils sont forts et ils sont partout ! Attention, cache le jambon, voile tes filles, ils sont en bas de chez toi !

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jeudi, 13 octobre 2011

élections, J-10

Toujours en Tunisie, les élections se rapprochent peu à peu.

Les affiches, je vous en parlais, viennent remplir les cases sur les murs, ce qui a donné à quelques plaisantins l’idée de créer ce site assez poêlant. Pas la peine de parler arabe pour lire les légendes des photos qui sont presque toutes en français. L’idée est de se moqueur quelque peu, mais gentiment de quelques perles d’affiches.

Les Tunisiens d’Europe votent aussi en Italie, en Belgique, et en France… Au Canada, par contre, c’est assez chauds les marrons. Le problème pourrait se répéter en 2012, cette fois pour les Français lors de l’élection présidentielle.

 

boillon1.jpgA vos procurations, donc ! 

En Tunisie, on votera certainement… à savoir si ces élections seront proches ou non des vieilles alliances… we’ll see ! Du moins si l’ambass ne joue pas de nouveau au top model ou au James Bond, on devrait arriver à un scrutin crédible non ? J'avais oublié de vous parler de ces photos, c'est vrai que c'est plutôt... triste. Non ?

boillon2.jpg

lundi, 10 octobre 2011

à trop tirer sur la corde...

... à toi de trouver la suite, lecteur !

à tous ceux qui me demandent si on sent monter une ambiance particulière à Tunis pendant ces élections, je réponds de manière un peu évasive, lointaine... faut dire que j'ai à peine le temps de le faire.

Alors OUI ça a changé et comment on le voit ?

Et bien nous, journalistes, on a du boulot par dessus la tête, et c'est une bonne chose.

Depuis que je suis rentrée (fatiguée) de Paris, je ne m'arrête pas, y compris le week-end. Pas un jour sans rendez-vous reportage, son à monter, etc... et on est pourtant à deux semaines de la date des élections !

Pouaf ! pas de quoi s'en faire, j'en faisais 10 fois plus quand je bossais en PQR !... Bon OK c'était il y a 10 ans. Quoi ? Je vieillis, tu dis ?

Alors on y va, on continue, on avance à 100 à l'heure puis... C'est finalement mon corps qui m'a rappelé à l'ordre. Depuis ce matin, courbatures, sinus pris, ventre qui gargouille, courbatures (oui, encore)... Une liaison secrète avec un thermomère au mercure a même décrété un 39,2 sur l'échelle de ce vieux Celsius.

Vivement demain aprem, je m'octroie un congés bien mérité !