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jeudi, 15 mars 2012

Syrie, je me souviens

RSF dévoile la liste des pays ennemis d’Internet. Parmi eux, bien entendu, la Syrie.

Voilà un an aujourd’hui que la révolution a commencé. Voilà un an que des gens battent le pavé, le regard tourné vers l’avenir à défaut de regarder en l’air en direction des snipers. Il y a un an, la révolution Egyptienne venait de se terminer. Il y avait encore des gens sur Tahrir, des prières massives le vendredi, on parlait de changer la constitution et l’armée était encore la grande amie du peuple.

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Il y a un an, je me souviens de cette vidéo lancée sur twitter par Steven Jambot qui cherchait une traduction. On y voyait une poignée de Syriens manifester en chantant « Al Jazeera Wahdek Wahdek, Al Jazeera Wahdek Wahdek… » Al Jazeera, on est tout seuls. Etrange période. Les caméras avaient quitté la Tunisie pour l’Egypte et elles y étaient restées. Le printemps Cairote se faisait appeler lenteur et on commençait à regarder vers le Yemen. Des bombes, des manifs, des images, des envies d’ailleurs.

Puis cette vidéo

graff-pas-un-jeu-d-enfants-mais-une-arme-de-Revolution.JPGConnexion 3G Egyptienne, Etisalat, chargement tout ce qu’il y a de plus lent, mais je voulais en savoir plus. J’ai alors commencé à regarder les sites de partage de vidéos. Plus je creusais, plus j’y voyais la révolte, la répression et l’incompréhension.

Envie d’aller voir de plus près. Et tant pis pour les caméras, j’arriverai la première.

Il y a un an tout pile, je ne savais pas ce que je trouverais en Syrie. Je ne savais même pas si j’allais y entrer. Je me souviens du parcours du combattant, du visa refusé au Caire. Je me souviens de cette manif devant l’ambassade de Syrie à Dokki, de la poignée de gros bras moustachus moukhabarats qui zyeutaient tout ça, de la cave dans laquelle se trouvait le bureau des visas.

Et puis ces vidéos, toujours…

Et personne qui ne savait ce qu’il se passait en Syrie.

Alors j'ai pris l’avion direction Beyrouth, le temps de voir mes amis et de tenter une nouvelle fois d’obtenir mon visa à l’ambassade Syrienne de Beyrouth. Scan des sacs à l’entrée, petit couloir, grand bureau vitré. Une femme m’interroge. Finalement, Il faut revenir lundi… Quelques jours d’oisiveté dans la capitale libanaise à défaut de prendre la route pour Damas ?

Pas question.

Je me souviens que personne ne parlait encore des manifs du vendredi. C’est ce petit canard  qu’est L’Orient le jour qui m’a appris, un matin libanais lors que je prenais le soleil avec Ans, que de grosses Manifestations se tenaient le vendredi à Damas.

Le lendemain, j’ai pris un service direction la frontière. On verra bien du côté de la douane terrestre. Je me souviens de Georges, rieur, me disant que mon assiette serait sur la table le soir même. Je me souviens des petits sandwitchs préparés par Ans. Pour la route.

Je me souviens du change en pleine montagne dans la vallée de la Bekka, du service plein de bonhommes qui me demandaient ce que j’allais y faire, de mes sourires de grande voyageuse qui leur raconte qu’elle fait du stop dans le monde arabe.

Puis la frontière

Des militaires à la sortie du Liban, de la difficile obtention du visa. Puis ce check point non prévu, comme tout le reste d’ailleurs, où ils vidaient les valises des gens pour contrôler. Petit coup de peur, adrénaline, et le matériel caché dans le sac à dos multicolore. Je me souviens la joie sur cette route qui descend en direction de Damas, les paysages lunaire. Un sourire jusqu’aux oreilles qui sentait bon l’aventure.

Welcome to Syria.

C’était il y a un an, je devenais reporter sans trop savoir ce que cela impliquait ni comment me protéger. C’était il y a un an et personne ne se doutait alors que tant de morts tomberaient en s’opposant à la folie de Bachar.

Torture, bombardements, barbarie. Et au milieu de tout ça, des amis.

Nous sommes le 15 mars, la Syrie souffre et crève depuis un an. Triste anniversaire.

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Commentaires

Heureusement tu n'es plus là-bas, on s'inquiéterait chaque minute!

Écrit par : El Camino | jeudi, 15 mars 2012

merci, mon camino !

Écrit par : Ju | mardi, 20 mars 2012

Les commentaires sont fermés.