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mercredi, 28 septembre 2011

Lui

Remonter Grands Boulevards, Bonne Nouvelle, Strasbourg St Denis… enfin. Nous sommes à Paris, la fin du mois de septembre balance son lot de courants d’air froid. Je suis en retard et je ne sais pas où je vais.

Tourner rue St Martin, on y est presque. J’ai l’adresse, j’ai regardé sur le plan. Je vais chez lui, il a refusé de se poser dans un bar. Quelle idée d’accepter d’aller chez un inconnu ? Il dit que les bières y sont trop chères, qu'on ne peut pas y choisir la musique, qu'on sera mieux chez lui...

Un inconnu connu, avec qui j’ai passé des semaines sur cet IRC. Il a disparu depuis quelques temps. Je lui avais dit, quelques semaines en arrière que je passerai par Paris. Un matin, un email, une proposition de boire un verre. Je ne sais même pas comment ce garçon s’appelle : « Je te le dirai à Paris, » m’écrivait-il avant de disparaître.

Puis un mail ce matin-là.

Annuler un diner, marcher dans le froid, se perdre bien entendu, et arriver devant sa porte.

L’appeler.

J’ai vu de la lumière, des fenêtres donnaient sur un escalier. Puis j’ai vu cette longue chevelure brune descendre petit à petit sans jamais voir son visage. Des cheveux longs et un pull marin, c’est tout ce que j’ai pu surprendre pendant ces quelques secondes d’attente.

Impatiente et heureuse à la fois. J’allais mettre un visage sur un pseudo une voix sur ces mots. Anxieuse. Ça part de quoi, un geek ? Nous ne faisions que ça pourtant, parler, et ce depuis des semaines sur IRC. Il y a déjà rencontré pas mal de monde. Une gamine qui partait dans le sud après troisjours de baise, des activistes, d'autres geeks, plein de geeks... Pour moi, tout ça est tout nouveau.

La lourde porte en bois s’ouvre, il est là.

Son appartement, capharnaüm. Ca sent le pétard, la sueur et le tabac. Des vêtements sur le sol, quelques fauteuils, une table en matériel de récup, un canapé sur lequel il est impossible de s’asseoir tant on y trouve des draps, un guitare, des oreillers, des sacs, un ordinateur portable des livres, certainement des restes de nourriture, des vêtements qu’il ne portera jamais, de vieux cadeaux non déballés…

Des livres.

Partout des livres sur la cryptographie qu’il faut appeler chiffrement parce que cela fait moins peur, sur le revers engineering, sur la sécurité informatique, son dada, sur tout ce qu’il faut savoir pour être un bon petit soldat du hacking, en anglais dans le texte.

Un hacker, c’est quelqu’un qui est capable de démonter une cafetière et d’en faire un grille-pain. Lui n’a ni cafetière, ni grille-pain, juste un ordinateur connecté à plusieurs disques durs externe, un serveur qui tourne sans arrêt. Le clavier git tant bien que mal au milieu d’un amas de paquets de cigarettes vides, canettes de bière tout aussi pleines, bouteilles de vin entamées et restes de nourriture.

« T’as pas une tête  à fumer »

T’as raison, mon grand.

« Ah ben si, pourtant ! »

Pourquoi j’ai dit ça ? Voilà comment débuter une histoire sur un mensonge. Cela ne nous a pas empêché de passer une soirée sympa à parler Syrie, hacking et droits de l’Homme. Cela ne nous a pas empêché de faire l'amour cette nuit, et c'était bien... sans se soucier du lendemain.

Demain, c'est aujourd'hui. Et ce soir, un SMS m'indique qu'il veut qu'on se revoit...

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