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jeudi, 23 décembre 2010

Putain, 10 ans ! - 2 -

Je me souviens de ce soir des municipales.

Je voulais en être.

Je me souviens que je n’y comprenais pas grand-chose à la politique locale, encore moins à la politique tout court mais ça me démangeait. De mon petit tabouret, je sentais monter la droite qui ne disait pas son nom, je sentais le changement venir et je voulais en être, en tant que journaliste.


Mars 2001

 (oui, je sais si on va aussi vite dans le temps t’auras droit à 52 billets).

J’avais trouvé le bon deal avec les journalistes de l’agence. J’avais le droit de traîner dans leurs pattes si je faisais les photos de ces deux tours des municipales à Sète. Je me souviens de ces deux soirs. Du tour des popotes, des sièges de campagne, de l’écran géant sur la place de la mairie.

Je me souviens de la grande salle en bas de la mairie, transformée pour l’occasion en salle de presse, du fax, des tableaux de chiffres à photocopier, des gens rassemblés dans le hall de la mairie. De quelques têtes connues, des potes, mais aussi des gens que j’avais interviewés.

Genre des gens qui me prenaient pour une journaliste.

C’est toujours tellement étrange les soirs d’élections

Je me souviens de cette folie dans la rue. Des gens complètement pétés, des gens de gauche qui sortaient de la mairie sous les insultes, la pluie fine tombant.

Oui, là tu vas croire qu’il pleut toujours à Sète. Je me souviens de la bousculade que je ne comprenais pas quand j’ai voulu sortir de cette mairie.

Je me souviens du retour à l’agence après avoir refait le tour des popotes, être passée par le Tabary’s où la radio avait pris ses quartiers d’élection. Il y avait à bloc de  monde, le téléphone qui sonnait de longue, les gens demandaient les résultats. Montpellier appelait après les papiers.

Enfermée dans le petit labo photo, je savourais le peu de silence qui m’était offert dans cette minuscule pièce.

 Avril 2002, la présidentielle

T’as vu comment je te mets un an dans l’os ?

Ca aurait pu être dôle si ce n’était pas si triste.

Nous nous sommes partagés les sièges de partis politiques. Chaque membre de la rédac est parti en reportage un peu avant l’annonce des résultats. Je me suis retrouvée chez les communistes. La route était longue entre le siège du journal à Montpellier et le siège du parti qui se trouvait en banlieue, hasard de l’histoire, juste à côté du Médef.

Je n’avais pas entendu le résultat, pas de radio dans la voiture.

Je m’en souviendrai toujours

Je rentre dans le hall, évitant soigneusement de marcher sur les affiches. Je demande le boss, la salle du fond, me dit-on. Une table immense qui devait servir aux réunions de l’ex armée rouge était toute vide avec juste deux personnes dépitées devant la télé.

Le soviet suprême (désolée, celle là, je la fait) m’entraîne dans son bureau.

Très grave, je me dis que les 5% n’ont pas été atteints.

Il s’assied, allume sa pipe, me regarde droit dans les yeux :

« J’appelle à voter Jacques Chirac »

Mec, attends, je me suis trompée de porte ? Je suis au Médef ?

C’est Jospin que tu dois dire, Jooooosssss-Pin.

« On ne peut pas, bla  bla… »

Et c’est ainsi que j’ai appris, en pleine interview, que Le Pen serait au second tour.

Je venais à peine d’avoir 18 ans. Quelques semaines après, je passais mon bac en candidat libre.

 

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