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samedi, 23 octobre 2010

la presse en revue

 

PA230143.JPG

 

Ce dessin paru dans le Courrier International de la semaine est tellement vrai !

Comment voulez-vous une presse de qualité sans journalistes ? sans photographes ?

 

Voilà la déchéance ! des journaux de PQR sans le sou qui se contentent de faire des petits papiers sur des événements de la veille sans analyse, sans annoncer ce qu'il va se passer dans les jours qui viennent, c'est pourtant ce qu'on recherche dans un canard local, non ? Avec des photos signées des rédacteurs... ou pas !

J'en reviens à ces photos des vacanciers à Roissy qu m'ont fait bondir.

A Paris, là où se trouvent les rédacs et les sièges des journaux, on n'envoie plus de photographe. On publie des photos d'agences... comme si on couvrait des conflit internationaux.

J'imagine le photographe à son bureau en train de photoshoper pour que les contrastes d'une série de portraits d'otages sur les quais du métro ressortent mieux. Soudain, le rédac chef arrive : « Paul, j'ai une mission pour toi, prépare tes affaires, il faut faire vite ! »

Paul chancelle

Après tout, t'as des mecs qui sont des vrais otages en Afghanistan, clic obligatoire, c'est pas la même qu'attendre le métro avec un Pepsi diet à la main à côté d'une vieille râleuse. Paul chancelle mais Paul a espoir. Après tout, Paul veut devenir grand reporter depuis qu'il est gosse. Ce n'est pas aujourd'hui que la peur le pétrifiera ! Paul prépare son sac, il prend aussi son grand angle, on ne sait jamais. Il se demande s'il doit envoyer un SMS à sa femme ou attendre de savoir exactement quelle sera sa mission. Le passeport. Ne pas oublier le passeport surtout.

Paul se dirige vers le bureau de son chef. En même temps, il a un peu les pépettes, ça fait quelques jours qu'il n'a pas lu la presse internationale et qu'il ne sait pas trop ce qu'il se passe dans le monde. En plus il a de l'asthme et a oublié ses médocs. Et 'il devait partit tout de suite ?

Gaza ? Khartoum ? ça pête tout le temps par là bas de toute façon. Bangkok peut-être ?

« Paul, tu pars en mission à Roissy, la navette est en grève, les passagers sont obligés de rallier leur terminal à pied ! »

???

Paul ne comprend pas, l'espace d'un instant.

Paul a 35 ans, il est gentil, il a une femme, un gosse et il conduit une grosse moto parce que oui, à Paris c'est plus pratique.

« Roissy ?

- Charles de Gaulle, si tu préfères. Tu vois où c'est, non ? C'est là que t'avais « fait » le retour des fooballeurs le mois dernier... » Oui, Paul voit malheureusement où c'est. C'est là d'où partent les avions que prennent les journalistes qui vont à l'étranger.

Paul retourne à son bureau, récupère son trépied et va faire quelques images sur son fidèle destrier. Après tout, il pourrait être content ! Comme Paul était le premier sur les lieux et que son chef a plein de potes dans les services icono, ses photos sont partout dans les quotidiens du lendemain.

Paul pourrait être content mais il ne l'est pas.

...

J'ai pris cette petite illustration du Courrier International en entête de ce billet parce que c'est juste trop vrai. La critique est facile mais quand on voit l'intérieur des popotes, on se demande comment certains médias tiennent debout. Merci les annonces légales, pour la PQR. Peut être plus pour longtemps d'ailleurs.

Pour le reste, on supprime des postes de photographes à tour de bras (non, je n'y reviendrai pas pour la 118e fois, suffit d'aller lire les quelques billets qui se trouvent sur Sete'ici) donc on est incapables, aujourd'hui, d'avoir des images fortes, avec du recul, un angle, enfin bon, un vrai travail de photographe comme celui que nous présente Rubin sur son site (clique, champion).

Et bien à l'écrit, c'est pareil !

On est dans une société de l'immédiateté où oui, il faut être présent sur la toile et balancer de l'info en direct pur être vu, lu, etc... mais le fric qui passe dans le sous journalisme en ligne, comprenez le copier-coller de dépêches, ne passe plus dans les rédacs.

Du coup, on supprime des postes, et c'est pareil ailleurs, ma bonne dame ! Il n'y a qu'à voir ce que ça donne aux USA.

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, Internet, c'est bien et on en reparlera un jour. Là n'est pas le sujet du billet.

...

On ne peut pas faire un bon journal sans moyens

On ne peut pas faire un bon journal sans photographe... ce serait faire de la télé sans caméraman. C'est possible ?

On ne peut pas faire un bon journal sans bons journalistes qui sortent, qui sont sur le terrain dans les réunions d'asso, les rencontres sportives de second plan, etc... Le personal branding existait avant twitter, ça s'appelait faire du terrain, allez à des trucs inutiles pour réseauter. Aujourd'hui on en voit qui passent des « appels à témoin » via réseau sociaux. Avant, on connaissait quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui... et on interviewait des gens sur qui on avait une base avec de l'info qu'on pouvait vérifier puisqu'on connaissait son entourage. Aujourd'hui, on interviewe des inconnus par téléphone, sans même se déplacer. D'ailleurs la récente histoire du Point avec le fixeur en est révélatrice.

Encore une fois, les fixeurs, c'est à l'étranger qu'ils bossent. Ce sont des journalistes locaux qui se chargent d'organiser des rdv, servir de traducteur, etc... pour les envoyés spéciaux qui viennent de l'étranger. Aujourd'hui, les journalistes parisiens sont tellement scotchés à leur bureau qu'ils ont besoin de fixeurs à côté de chez eux. Oui, il au aussi cliquer sur le lien de Marianne.

La critique est aisée, l'analyse l'est moins.

...

Pourquoi en arriver là ?

Encore une histoire de gros sous., bien entendu.

Quel est le « gusseuh » qui irait faire du terrain de longue, y compris le week-end quand il n'est pas censé travailler pour entre 1100 et 1500 euros par mois ? un poil plus peut être à Paris et en télé. Faut sacrément aimer son boulot, en plus avec l'age de la retraite, on va travailler plus longtemps alors faut pas venir nous chercher sur le temps de repos. Ni le soir ni le week-end... après tout, un journaliste a aussi une famille, des potes, une vie sociale...

Sauf les vrais, bien entendu, qui font du terrain de longue, ont des idées de sujet à tous les coins de rue, les vieux de la vielle. Il en reste peu, de mois en moins. Grâce à la réforme de la retraite, on va garder ceux qui bossent encore un peu plus longtemps, ouf ! Positive attitude, on a dit. Mais cela, ils ont les années d'expérience et le salaire qui va avec.

Pas ceux qui débutent et qu'on dégoûte systématiquement de bosser avec un salaire rikiki, un encouragement à faire du desk parce que tes frais de déplacement, tu peux te les mettre où tu sais... et t'as pas un salaire de misère pour laisser tomber bobonne et les grimlins en plein milieu du week-end pour te taper un joueur match de water-polo avec de supporters survoltés qui jouent du tambour. Pourtant, ils font autre chose de leur vie que d'aller faire les couillons au bord du bassin : un métier, une vie associative, du point de croix, des bébés, autant de choses qui pourraient faire que ton joueur de tambour qui sent le chlore, ben il pourrait te servir de source pour un prochain sujet.

Sisi, pour de vrai.

Seulement cela demande plus de journalistes dans les rédacs,

du temps passé à autre chose qu'à gratter en quasi simultané pour le Web, et donc de l'argent.

Une presse de qualité ne se fait pas sans journalistes de qualité.

 

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