Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

mardi, 17 août 2010

Une Rose naît de la pluie, Maya Ouarda

Les avions sont parfois des lieux de rencontres assez Lolesques... ou pas.

En ce qui me concerne,

j'y ai toujours croisé des gens marrants, décalés,

de ceux qui vous racontent leur vie en deux minutes.

Ou parfois vous êtes entre un gars qui prend toute la place et un autre qui ronfle.

En embarquant au Caire, j'ai d'abord eu une mauvaise impression sur cette fille.


Elle avait la peau super blanche, entre grise et translucide, cette peau sur les os, comme une malnuttrie, un regard triste... elle ressemblait à ces images de morts vivants qu'on se fait quand on est gamin.

Brrrr...

Quand je commençais à m'endormir (je vous rappelle que le réveil a sonné à 3H30) elle m'a fait lever pour aller aux toilettes.

Quand j'ai voulu m'endormir de nouveau, elle m'a réveillée pour me poser des questions sur Londres.

Comme je n'arrivais plus à m'endormir, j'ai fini par lui poser des questions. Oui, il m'arrive de faire semblant d'avoir l'air sympathique. Je pose des questions mais je fais la gueule, c'est un bon mix et généralement ça suffit aux sans amis qui me parlent.

Je précise que ça arrive seulement quand je suis de mauvaise humeur... genre quand je mange une omelette pourrie sur un vol de la british avec une hôtesse vieille qui ait la tête.

Alors je lui demande « et vous êtes de quel quartier du Caire ?

Elle n'est pas du Caire

  • - D'Où alors?
  • - Palestine.
  • - ???
  • - De Gaza

C'est là que j'ai compris le regard triste, la maigreur extrême...

Elle va faire quoi à Londres ?

  • - étudier, deux ans.

La chance !

Enfin, pas tout à fait...

  • - J'ai du passer trois jours et deux nuits à Rafah, au poste frontière, ils ne voulaient pas me donner mon visa de sortie.
  • - Ah...

Et la voilà me racontant comment, toute seule elle a bravé avec courage les refus des occupants de la laisser sortir. Elle avant tout : son billet d'avion, les papiers prouvant qu'elle avait bien reçu une bourse, ceux stipulant l'inscription à l'université. Mais non. Pour aller en Egypte depuis la Palestine, il faut passer par la « Palestine occupée » comme l'écrivent les Syriens sur votre demande de visa.

Toute seule, elle a dormi devant un poste frontière.

Toute seule, elle a lutté.

A bout de forces, elle a obtenu son laisser-passer.

En vitesse, elle a ensuite traversé l'Egypte en espérant arriver à temps pour son vol.

Pas facile lorsqu'on sait que les contrôles se sont renforcés dans le Sinaï.

Elle a lutté et elle a réussi.

Bravo, mademoiselle.

En arrivant à Londres, je me sentais un peu mal. Je lui ai lancé un « Welcome in Europe ! » elle a ri, de la lumière plein les yeux.

J'ai regardé par le hublot.

La pluie.

J'ai râlé. J'y peux rien, je suis française.

Ma voisine, dont je ne connais pas le nom, regardait avec insistance.

« La pluie ! amaaaaaaaaaaaaazing ! »

Attends cocotte, t'as trop respiré les lacrymos. C'est de la Pluie, le truc qui mouille, qui fait glisser, qu'est ch....

« et on pourra la toucher en sortant de l'avion ? »

Ben, tu fais ce que tu veux, cocotte !

Cette demoiselle a vécu recluse, presque trente ans à Gaza.

Aujourd'hui elle est libre et malheureusement, la première chose qu'elle aura connu de l'Europe aura été la pluie... et la petite française qui râle !

Ca ne vous donnerait pas envie de rentrer ?

Commentaires

Joli billet sur une vie entrevue, venue d'un ailleurs sans espoir, en partance pour un autre part prometteur...

Écrit par : Artgoutlong | mardi, 17 août 2010

c'est le pourquoi du titre... une vraie naissance, une nouvelle vie.
j'espere que ça ira bien pour elle.
elle m'a donné envie d'aller à Gaza, héhé !...
bougeotte bougeotte...

Écrit par : Ju | jeudi, 19 août 2010

Les commentaires sont fermés.