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vendredi, 13 août 2010

Du racisme, 6 (the end)

Le constat

Vivre le racisme au quotidien ne m'aura pas dégoûtée de l'autre, bien au contraire. C'est pour cela que j'aime voyager seule, pour cela que je pratique le couchsurfing, pour cela, encore, que je ne cesse de parler aux gens dans la rue : qu'il s'agisse d'une petite japonaise musulmane rencontrée en Syrie ou d'un Irlandais qui étudiait en Australie la propagande russe en Asie du Sud-Est, qu'il s'agisse de toutes ces belles rencontres que j'ai pu faire sur mon chemin.

Je subis le racisme au quotidien mais plus que me braquer, cette situation m'a permis de comprendre des tas de choses que des gens peuvent aujourd'hui, plus que jamais, ressentir en France, chez moi... Parce que oui, faut bien être né quelque part. Je le vis aussi, aujourd'hui, avec le recul de quelqu'un qui est depuis presque deux ans et demi sur la route, avec la culture et l'ouverture d'esprit que m'ont apporté ces rencontres. Des lectures aussi, des instants de vie.

La méconnaissance de l'autre, ça peut être mignon et rigolo parfois. Même souvent. Je me souviens de la petite madame qui vendait du PQ et des gâteaux en face de mon chemin au Laos. Elle me voit un jour débarquer avec mon bol à riz : "c'est pour le riz, ça !" Oui, oui, petite madame, c'est pour ça que je m'en sers... Elle s'est avancée sur son comptoir, a pris le bol de paille tressée dans ses mains et l'a ouvert, découvrant... du riz bien chaud et bien gluant qui n'attendait plus qu'à être dévoré. Ouvrant de grand yeux "mais c'est du riz !" "ben oui, je vais manger !" Ca ne rend pas en français mais il faut savoir que dans le mot "manger" au Laos, il y a le mot "riz", "manger" est composé, ça nous a bien fait rire quelques minutes. Tout ça pour dire qu'elle n'y croyait pas, encore un cliché. Pas possible que la petite blanche du village aille acheter son riz comme les locaux !

Et si !

Seulement, chez moi, en France, le truc qui me dérange, c'est le pseudo-communautarisme. Nous sommes nés quelquepart, des gens avant nous se sont battus pour que ce soit le cas ou qu'on ne s'appelle pas Gunther et Frida (quoi que, ça m'irait bien... tout me va !). Oui, je suis de la troisième génération, mais je suis avant tout française. Je ne vous cache pas que j'aurais bien aimé être Espagnole comme mon papi quand Zapatéro a fait le mariage homo et a relevé le niveau du SMIC... au tout début début, quand chez nous y avait des gens qui disaient non à la guerre et d'autres qui mangeaient des freedom fries aux Etats-Unis. Mais même d'origine espagnole, je suis et je reste française. Je suis allée à l'école laïque et gratuite où tous mes amis, peu importe leur origine, étaient pareils que moi. On a grandi en étant des français. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai écrit dans ce billet sur le communautarisme que vous avez sans doute déjà lu.

J'ai eu une dicussion animée ici, avec un français d'origine tunisienne de mes amis ave qui je partageais un repas entre amis. "Je suis Tunisien" a-t-il lancé à table. Champion, t'es né en France, t'as passé ta vie à Lyon, t'as étudié dans les mêmes écoles que moi, tu bosses pour l'ambassade de France, t'as même un passeport de service. T'es Français. "Non, je suis Tunisien". T'es gentil, t'es mignon tout plein mais t'es aussi français que moi.

C'était hallucinant, cette discussion, entre moi qui voulait le faire plus Français qu'il ne se sentait l'âme de l'être et lui qui est né en France qui est bien content de l'être, mais qui ne se sent pas français. Chacun de nous ne comprenait pas le point de vue de l'autre. Je dois dire que le sien reste toujours pour moi un mystètre.

Pourtant, nous sommes adultes. Les gens d'origine étrangère qui sont nés en France, en tenant ce genre de propos, ne facilitent pas la vie de ceux qui sont français, se sentent français, et subissent le racisme au quotidien dans les rues de leur commune. Les gens qui réagissent ainsi n'ont aucun respect pour leurs ancêtres et les combats qu'ils ont mené. Les français qui se disent étrangers, se paient le luxe de ruiner des années de boulot assocatif, peu importe les asos, il y en a plein de géniales, pour faire comprendre aux gens que le bruit et l'odeur c'est ailleurs, que mes petits camarades de classe, peu importe leur nom et leur origine, étaient aussi français que moi.

Ce qui nous unit, justement, c'est la France, c'est notre nationalité notre éducation, nos ressemblances. Faisons de ces différences une richesse, échangeaons, partageons... Dans une société qui devient de plus en plus égoïste, il est urgent de se tourner vers l'autre, de partager, d'aller voir sur le trottoir d'en face ce qu'il s'y passe. D'apprendre. Et cela 'est possible que si nous partons sur des bases communes.

Je me posais souvent la question quand j'étais en France de ce que ressentais les personnes victimes de racisme. Aujourd'hui, je ne me la pose plus. Je m'appelle Julie, j'ai 27 ans, je suis journaliste. J'ai vécu un an au Laos et le 16 septembre, cela fera un an que je vis en Egypte. J'ai souvent écrit sur le rapport à l'autre, sur l'étranger, sur le fait e se sentir étranger soi-même. Il me semblait intéressant de prendre du recul, de relire ces billets, de les croiser, de cogiter sur le racisme que je vis au quotidien.

 

Chaque médaille a son revers.

Je vois souvent les gens beaux, riches et magnifiques...

mais parfois pas.

Et c'est dans ces moments qu'il est bon de se rappeler

que la vie peut-être belle.

Je vous renvoie vers ce dernier billet juste pour vous dire

que ce que vous lisez depuis quelques jours

n'est que mon point de vue, mon ressenti.

D'autres personnes, dans les mêmes situations,

auraient peut-être réagi différemment.

 

Merci d'avoir suivi cette série sur le racisme.

J'aurais finalement réussi à écrire un truc pas trop stupide cet été !

Commentaires

J'ai beaucoup aimé...

Écrit par : swiss club ;)) | samedi, 14 août 2010

En résumé, j'aurais envie de dire que le racisme c'est une histoire de point de vue; Né d'un côté d'une barrière on voit et juge facilement ceux placés de l'autre côté, et vice-versa ...

Si on essaie de se placer de l'autre côté, en se projetant par l'imagination empathique, ou en vivant les choses comme toi tu les vis, en se mettant concrètement dans la peau de ceux d'en face, on relativise peut-être plus facilement les choses ; Merci pour cette série qui donne à réfléchir à nous tous - à qui la facilité du rejet d'autrui, homo, handi, black, bridé, beur, et tout le reste - tend les bras à chaque instant, car la méfiance et la peur sont des sentiments plus naturels que l'amour et la confiance, ou ce sont ceux que l'on nous inculque dès l'enfance et se développe parfois à l'âge adulte.

Ton expérience humaine nous remet tout ça en perspective.

Écrit par : artgoutlong | samedi, 14 août 2010

Les commentaires sont fermés.