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jeudi, 12 août 2010

Du Racisme, 5

Le repli communautaire

Se retrouver « entre-soi », entre gens pareils, qui ont la même culture, la même couleur, etc... c'était un truc que je ne comprenais pas du tout qu'il s'agissent des Chinois qui s'approprient des quartier, qu'il s'agissent des Africains qui se retrouvent toujours entre eux... Je ne comprenais pas ce repli communautaire.

Je dirais même qu'il m'énerve un peu, en général. Ca témoigne d'un  renfermement, d'un refus d'accepter d'autres gens, avec d'autres cultures, de partager la sienne. Rester en groupe, c'est se protéger mais c'est aussi se couper d'une richesse fondamentale qui est l'autre, qui est l'humain. Je n'ai jamais autant appris, en voyageant seule, j'ai rencontré des gens tellement singuliers ! tellement forts, tellement fous, déjantés parfois !

Que de belles rencontres ! Et oui, madame, je suis aussi une richesse quand c'est moi l'étrangère !

Le repli communautaire, c'est mal. J'ai toujours cru que ça l'était, que c'était les gens eux-mêmes qui décidaient de rester entre eux et que cela vahiculait le racisme.

Je me dis aujourd'hui que c'est peut-être l'inverse qui est vrai. Qui comprend, finalement, ce que je peux ressentir, si ce n'est pas quelqu'un qui a la même culture que moi ? qui subit les mêmes problèmes au quotidien ? Au Laos, la situation était différente. Je ne me suis jamais sentie agressée, les gens passent leur temps à vouloir vous rendre service et le pire qui peut vous arriver est qu'ils  vus indiquent la mauvaise route ! J'avais donc très peu d'amis français et cela ne me manquait pas.

Par contre, quand on se sent agressé, c'est juste naturel de se tourner vers des gens qui ont un passé en commun. L'agression peut d'ailleurs prendre des tas des formes différentes. Je vous ai parlé du harcèlement sexuel plus haut. Pire, il y a le cliché bête et méchant. Le cliché, généralement véhiculé par le manque de culture. Un extrait de ce billet :

« Les mouchoirs sortent des poches lorsque j'entre dans la rame (ND Ju : du métro), ils y retournent lorsque je ne suis plus là...

Enfin, « je »... Faut aussi le replacer dans son contexte. « Je » ce n'est pas bibi, ou moi, ou la petite madame avec des lunettes blanches et un sac dos. « Je » c'est la blanche, alias la pas voilée, alias la catholique, alias la bouffeuse de porc (horreur !) alias la potentiellement grippée puisqu'elle mange la viande de cet animal du démon que l'on ne trouve pas ici... CQFD !

Faut pas leur en demander plus, aux petites madames du métro ! Les blanches, c'est des films porno sur pattes et ça fait envie aux hommes, et en plus, les blanches, c'est les ambassadrices de la grippe A !

Et c'est bien connu, un kleenex ou un petit mouchoir en tissus ont toujours été une barrière très efficace contre les pandémies... alors que se laver les mains ne sert pratiquement à rien. »

Et cela, pendant plus d'un mois ! tous les jours, plusieurs fois par jour, je prenais le métro pour aller au bureau, puis à la fac, puis chez moi. Tous les jours, plusieurs fois par jour, je voyais toute une rame sortir des mouchoirs ou se cacher la bouche avec un bout de tissus de voile ou d'une manche. Tous les jours, plusieurs fois par jour, on me rappelais que j'étais différente. Tous les jours, plusieurs fois par jour, j'avais droit à la condescendance, à la méconnaissance de l'autre, aux à prioris, aux clichés... quand tu as choisi délibérément de bosser à l'étranger pour aider ces gens, aider ceux là même qui te discriminent... ça fait cogiter.

 

La suite demain !

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