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dimanche, 08 août 2010

Du Racisme, 1

Je me posais souvent la question, quand j'étais en France,
de ce que ressentais les gens victimes de racisme.

Aujourd'hui, je ne me la pose plus.

Je m'appelle Julie, j'ai 27 ans, je suis journaliste.

J'ai vécu un an au Laos et je vis depuis presque un an en Egypte.

J'ai souvent écrit sur le fait que le rapport à l'autre, la vie a l'étranger,
m'a fait me découvrir, m'a permis d'en apprendre plus sur moi-même.

Chaque médaille a son revers.

J'ai aussi découvert ce qu'est le racisme, la discrimination. Ce que c'est qu'être un étranger.

 

Les enfants

Quand j'arrivais dans un village au Laos où ils n'avaient jamais vu de "blanco", j'avais systématiquement un gamin qui fuyait en me voyant et un autre qui pleurait comme s'il venait d'apprendre qu'il n'assisterait jamais à un goûter Pépito.

Il restait là, planté, assis par terre, la bouche emplie de cris.

J'avais beau leur dire que je suis Julie, l'amie des enfants, leur donner des gâteaux et leur dire que mes anniversaires sont quand même plus sympas que ceux du vendeur de biscuits au chapeau ridicule, ça n'allait pas.

Puis venaient les plus âgés. Ceux qui se planquent derrière les arbres et approchent peu à peu pendant que vous parlez aux adultes. Ceux-là vous regardent... chaque détail compte. Oui, j'ai un long nez pour un asiatique, non, je n'ai pas la face plate, oui, j'ai des cheveux tout bizarres et tout tordus qui partent dans tous les sens en faisant des fausses frisouilles pas du tout disciplinées, oui, je porte un short et des grosses chaussures de marche. Non, je ne porte pas de chaussettes dans mes tongs...

Ils parlent entre eux à voix basse. Non, pas le langage des enfants, celui qu'on ne comprend pas. Ils parlent la langue de leur pays, celle dont on a encore du mal à ccapter toutes les subtilités pour savoir ce qu'ils racontent.

Parce que c'est ça aussi, être étranger.

Entendre des gens qui parlent tout autour et se sentir comme dans une dimension parallèle, un endroit où on comprend des bribes de phrases, pas le reste. Un endroit où tout va si vite que même si vous vous trouvez dans le pays des gens les plus gentils du monde, comme c'est le cas au Laos, on ne vous répètera pas la phrase. Les jeunes seront parti depuis bien longtemps quand vous aurez réussi à mettre côte à côte les trois bouts de mots que vous avez retenu.

Un endroit, justement,
où on n'a ni ses repères, ni sa langue, ni ses facilités au quotidien.

Je comprends aujourd'hui les difficultés
d'adaptation des étrangers.

Quels étranger ?

C'est moi l'étrangère.

 

La suite demain !

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